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Guide d'architecture de Marseille : des Grecs anciens à Norman Foster

Guide d'architecture de Marseille : des Grecs anciens à Norman Foster

Marseille: Old Port to Cité Radieuse rooftop tuk-tuk tour

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Quels sont les bâtiments architecturalement les plus significatifs de Marseille ?

Le MuCEM (Rudy Ricciotti, 2013), la Cité Radieuse (Le Corbusier, 1952, UNESCO), la Tour CMA-CGM (Zaha Hadid, 2010), l'Ombrière (Norman Foster, 2013), le Palais Longchamp (1869) et la Cathédrale de la Major (1893). L'esplanade J4 concentre l'architecture la plus remarquable en une zone facilement à pied.

Une ville qui construit sans s’excuser

L’architecture de Marseille est affirmée à la manière dont la ville elle-même est affirmée — elle ne demande pas d’approbation, ne s’incline pas devant la tradition, et ignore souvent les règles que d’autres villes françaises suivent. Le résultat est l’un des paysages urbains architecturalement les plus variés de France : fondations grecques sous des murs romains sous des remparts médiévaux sous le baroque du XVIIe sous l’ambition coloniale du XIXe sous le brutalisme du XXe sous la virtuosité technique du XXIe.

Ce guide couvre les bâtiments qui méritent qu’on les recherche, grossièrement dans l’ordre chronologique, avec des évaluations honnêtes de ce que vous verrez réellement par rapport à ce que la réputation architecturale promet.

Marseille antique : les fondations grecques et romaines

Presque rien ne subsiste en surface de Massalia — la cité grecque fondée vers 600 av. J.-C. qui était le premier peuplement urbain sur le site. Le port lui-même (le Vieux-Port) suit le contour de l’anse originale du Lacydon. Des sections des remparts grecs et romains sont visibles dans le quartier de Belsunce et peuvent être examinées au Musée d’Histoire de Marseille.

L’architecture antique la plus significative accessible dans la région n’est pas à Marseille même mais à Arles, Nîmes et au Pont du Gard — tous à portée d’excursion d’une journée. L’héritage romain à Marseille est principalement souterrain ; la ville médiévale et plus tardive a reconstruit par-dessus.

Pour le contexte antique, consultez notre guide des monuments romains d’Arles.

Les fortifications du Vieux-Port : architecture militaire du XVIIe siècle

Les deux forts qui encadrent l’entrée du Vieux-Port — le Fort Saint-Jean sur la rive nord et le Fort Saint-Nicolas sur la rive sud — ont été substantiellement reconstruits au XVIIe siècle sous Louis XIV. Le message politique était aussi important que la fonction militaire : les canons à l’entrée du port visaient autant Marseille que d’éventuels ennemis navals.

Le Fort Saint-Jean est désormais restauré en jardin public et relié au MuCEM par la fameuse passerelle suspendue. Les murs de fortification, la Tour du Roi René (tour du XVe siècle) et le plan des bastions sont tous accessibles librement dans le jardin. La stratigraphie archéologique — murs médiévaux incorporés dans des ajouts Renaissance incorporés dans des bastions du XVIIe — est lisible en surface.

Le Fort Saint-Nicolas sur la rive sud est partiellement accessible ; des portions sont utilisées par d’autres institutions. Moins dramatique que le Fort Saint-Jean mais la vue méridionale en retour vers le Fort Saint-Jean et le MuCEM est excellente.

La Major et la Vieille Major : deux siècles en dialogue

La Cathédrale Sainte-Marie-Majeure — la Major — a été construite entre 1852 et 1893 sur les dessins de Léon Vaudoyer. La façade en pierre polychrome rayée (lave sombre de Volvic, calcaire crème de Cassis) la rend immédiatement distincte sur le front de mer J4, et l’intérieur — une grande nef romano-byzantine avec des colonnes de marbre poli et des voûtes en mosaïque géométrique — est l’un des espaces architecturalement les plus impressionnants de Marseille.

Immédiatement adjacente se trouve la Vieille Major — la cathédrale romane du XIIe siècle qu’elle a remplacée, conservée intacte plutôt que démolie. Les deux bâtiments créent une chronologie architecturale littérale : roman pur du XIIe siècle et renouveau romano-byzantin du XIXe, à quelques mètres d’intervalle dans une conversation qu’aucune autre ville de France n’a arrangée de façon aussi directe.

Détails complets dans notre guide de la Cathédrale de la Major.

Palais Longchamp : théâtre d’eau au bout d’un aqueduc

Le Palais Longchamp (achevé en 1869, architectes Henri-Jacques Espérandieu et Gustave Caqué) est la pièce la plus théâtrale d’architecture civile du XIXe siècle à Marseille. Construit au terminus du canal de la Durance — l’aqueduc qui a finalement doté Marseille d’un approvisionnement en eau douce adéquat — le palais combine un escalier d’eau central (une cascade coulant d’un groupe sculptural de taureaux vers un bassin ornemental) avec deux ailes en colonnade incurvées qui abritent le Musée des Beaux-Arts et le Muséum d’Histoire Naturelle.

Le dessin se lit comme une affirmation impériale : la ville célèbre qu’elle a enfin de l’eau, et elle le fait avec le plein vocabulaire de l’architecture ornementale du Second Empire. L’effet est délibérément écrasant et réussit largement. L’approche Longchamp depuis le quartier des Cinq-Avenues — la cascade visible à travers l’arche centrale — est l’une des grandes perspectives urbaines du sud de la France.

Extérieur et cascade libres d’accès en permanence. Musées ouverts mar.–dim. 10 h–18 h.

Cité Radieuse : la ville verticale de Le Corbusier (1952, UNESCO 2016)

L’Unité d’Habitation sur le Boulevard Michelet est le premier et le plus complet exemple du concept de Le Corbusier du bloc résidentiel autosuffisant — 337 appartements en duplex double hauteur, une rue commerçante intérieure, un hôtel, un gymnase, une crèche, une piste de course et un paysage de toit, tout dans un bâtiment en béton brut surélevé sur pilotis.

L’influence du bâtiment sur l’architecture du XXe siècle et le logement a été énorme — et pas toujours positive. Comprendre l’original marseillais, avec sa rigueur de proportion et le soin de ses détails, est essentiel pour comprendre comment l’idée était à la fois brillante et fréquemment mal appliquée ailleurs.

Détails complets de la visite dans notre guide de la Cité Radieuse.

Le cluster du front de mer J4 : la déclaration architecturale de 2013

L’esplanade J4 — le front de mer régénéré entre le Fort Saint-Jean et le port de croisière — est là où Marseille a fait sa déclaration architecturale la plus concentrée pour l’année Capitale Européenne de la Culture 2013. Dans 500 mètres, vous pouvez voir :

Le MuCEM (Rudy Ricciotti, 2013)

Le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée est l’édifice phare. Le bâtiment de Ricciotti est enveloppé d’un treillis de béton coulé — un maillage géométrique de courbes entrecroisées qui est à la fois structurel et décoratif. Le cube J4 se lit comme de la pure ingénierie. La passerelle le reliant au Fort Saint-Jean est élégamment conçue.

Le bâtiment fonctionne d’une façon dont beaucoup de musées contemporains célébrés ne fonctionnent pas : il est visuellement captivant à chaque échelle, depuis le littoral jusqu’au panneau individuel. Consultez notre guide complet du MuCEM.

La Villa Méditerranée (Stefano Boeri, 2013)

Immédiatement adjacente au MuCEM, la Villa Méditerranée est un bâtiment entièrement blanc avec un surplomb en porte-à-faux dramatique s’étendant au-dessus d’un auditorium souterrain visible à travers le vitrage au niveau de l’eau. La déclaration architecturale — un bâtiment se projetant dans les airs au-dessus de la mer — est claire, bien que le bâtiment ait été moins célébré que le MuCEM. Elle abrite désormais la réplique de la grotte Cosquer et des équipements de conférence.

Le FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur (Kengo Kuma, 2013)

Le bâtiment du Fonds Régional d’Art Contemporain, à quelques pâtés de maisons au nord-est du J4 sur l’esplanade de la Joliette, est la contribution de Kengo Kuma au cluster de 2013. La façade est recouverte d’une peau de carreaux de verre recyclé qui captent la lumière différemment tout au long de la journée — un écho matériel de la surface de la mer Méditerranée et un contrepoint intéressant au béton de Ricciotti.

Les Docks de Marseille (rénovation, 2015)

Le complexe d’entrepôts du XIXe siècle au nord du J4, construit à l’origine pour stocker les marchandises coloniales, a été converti en bureaux, restaurants, un hôtel et des espaces commerciaux. La rénovation a préservé la structure en brique et fer tout en ouvrant le bâtiment à la lumière naturelle à travers une série de cours intérieures. Un modèle de réutilisation adaptative intelligente.

L’Ombrière : Norman Foster au Vieux-Port (2013)

L’Ombrière de Norman Foster — un gigantesque auvent en acier inoxydable poli à l’extrémité Quai des Belges du Vieux-Port — est la pièce d’architecture récente la plus clivante de Marseille. Sa face inférieure polie reflète le port et le ciel dans un miroir légèrement déformé, créant un spot de selfie apprécié des réseaux sociaux qui est devenu l’un des lieux les plus photographiés de la ville.

Que vous le trouviez beau ou excessif est une question de goût. Sa fonction est modeste — l’ombre — et l’effet visuel qu’elle crée est genuinement intéressant sous certains angles. Elle occupe l’emplacement de l’ancienne salle des ventes aux poissons (la Criée) et marque l’endroit où le marché aux poissons quotidien fonctionne désormais.

Tour CMA-CGM : la tour de Zaha Hadid (2010)

La Tour CMA-CGM est le siège de la compagnie de transport maritime française CMA-CGM — la troisième plus grande compagnie de transport de conteneurs au monde — et culmine à 147 mètres dans le quartier maritime d’Arenc, au nord de la Joliette. Conçue par le cabinet Zaha Hadid Architects, la tour possède une forme tordue distinctive qui anime la ligne d’horizon nord de Marseille avec quelque chose d’inattendu.

Elle n’est pas facilement accessible aux visiteurs — c’est un siège social fonctionnel — mais elle est visible depuis l’esplanade J4 et depuis la terrasse de Notre-Dame de la Garde, et mérite attention comme exemple de la façon dont l’architecture à signature du début du XXIe siècle s’installe dans une ville avec 2 600 ans d’histoire de la construction.

Le Pavillon M : centre d’information sur l’architecture contemporaine

Le Pavillon M sur l’esplanade J4 est un espace d’exposition temporaire conçu pour présenter l’architecture et le développement urbain de Marseille. Les expositions y changent régulièrement et couvrent l’environnement bâti de la ville, passé et présent. Vaut le coup de vérifier le programme en cours lors de la visite du front de mer.

Les Docks et le patrimoine industriel du XIXe siècle

Le complexe d’entrepôts Les Docks de Marseille — officiellement le Dock du Lazaret, construit entre 1858 et 1863 le long du front de mer de la Joliette — est l’une des structures commerciales du XIXe siècle les plus imposantes de France. Le bâtiment de 365 mètres de long en brique et fer a été construit pour stocker les matières premières du commerce colonial français : coton, café, cacao, épices et les produits agricoles d’Afrique du Nord et d’Asie du Sud-Est.

La rénovation achevée en 2015 a préservé les colonnes en fonte, les arches en brique et la structure monumentale du bâtiment tout en l’ouvrant à la lumière naturelle à travers de nouvelles cours intérieures. Le résultat est un projet de réutilisation adaptative bien exécuté — bureaux, restaurants, un hôtel et des galeries publiques — qui maintient le bâtiment en vie plutôt que d’en faire une ruine préservée.

Parcourir le rez-de-chaussée des Docks donne une meilleure idée de l’échelle du commerce marseillais du XIXe siècle que n’importe quelle exposition de musée : les colonnes sont de proportions industrielles, les plafonds voûtés assez hauts pour des charrettes chargées, et la relation entre le bâtiment et le port (visible à travers les fenêtres) est immédiatement lisible.

La rénovation du Vieux-Port : Norman Foster et l’Ombrière

La rénovation de 2013 du quai sud du Vieux-Port — un projet mené par Michel Desvigne (paysage) et Norman Foster (l’Ombrière) — a été l’intervention la plus significative dans le tissu historique du port depuis la reconstruction d’après-guerre du quai nord (détruit par les Allemands en 1943).

La rénovation a remplacé le stationnement et la circulation automobile par une esplanade piétonne, a restauré la connexion entre la surface du port et l’eau, et a installé l’Ombrière à l’extrémité du Quai des Belges. L’auvent réfléchissant crée un espace de rassemblement public là où il y avait auparavant une fonction logistique — une inversion délibérée de destination qui a raisonnablement bien fonctionné en pratique.

La rénovation n’est pas unanimement appréciée à Marseille. Les critiques soutiennent qu’elle a nettoyé le Vieux-Port au détriment du caractère de port de travail qui faisait partie de son authenticité. Les partisans soulignent le succès du quai piétonnier comme espace public et la meilleure connexion entre le port et la Canebière. Les deux évaluations contiennent une part de vérité.

Une promenade architecturale à travers Marseille

Pour les visiteurs spécifiquement intéressés par l’architecture, une marche de 4 kilomètres couvre les bâtiments les plus significatifs en une demi-journée :

Commencez au Palais Longchamp (tramway T1 jusqu’à Longchamp). Marchez vers le sud et l’ouest à travers le quartier des Cinq-Avenues jusqu’à la Cité Radieuse sur le Boulevard Michelet (30 minutes de marche, ou bus 21 depuis Castellane). Continuez vers le nord et l’ouest, via le Vieux-Port, jusqu’au cluster du front de mer J4l’Ombrière, la Major, le FRAC, la Villa Méditerranée, le MuCEM et le Fort Saint-Jean. Ce circuit couvre cinq siècles de construction marseillaise en environ 5 heures avec des arrêts.

Le circuit en tuk-tuk (voir ci-dessus) propose le même parcours avec transport entre les points — efficace pour ceux qui ne souhaitent pas marcher la totalité de la distance.

Pour l’histoire qui donne son sens à l’architecture, consultez notre guide de l’histoire de Marseille. Pour les bâtiments qu’on peut entrer — le MuCEM, le MaMo de la Cité Radieuse, les musées du Longchamp — consultez notre guide des musées.

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